Souffrir en silence ? Relativité de la femme et de la douleur

June 16, 2020

 

Encore une fois, on me demande d’écrire, il est 2h15 du matin, nuit du 14 au 15 juin 2020, une heure que je cogite. Je sens qu’il faut parler…raconter le vrai, l’expérience, le vécu avec authenticité. Un post, un bout de mon livre, je ne sais pas trop l’endroit où je placerai ces mots. 

 

Etre une femme et avoir un pré-cancer du col, se développera -t-il où non ce HPV, papillomavirus ? C’est tellement courant, il est très rare qu’il se développe, cela prend des années…on me dit à l’époque que tout le monde l’a que ce n’est pas grave, ça arrive, c’est bénin

 

Pourtant c’est le type 18, une forme sévère, je ne l’apprendrai que cette année, par un labo en France, alors que j’étais suivie depuis des années en Suisse sans qu’on m’informe du type en question.

 

 

 

 

Autoportrait

 

 

 

Les années passent et je fais régulièrement (tous les 6 mois) des contrôles, mais vient le temps des biopsies plus approfondies, les colposcopies, des mots qui symbolisent surtout dans le concret des prélèvements de petits bouts de cols. 

 

C’est pas agréable tout ça, même une fois au Chuv de Lausanne, on me fait un curetage sans prévenir, une interne peu expérimentée, ne voit pas vraiment que je suis un être vivant et commence à me cureter le col sans m’avertir. Je venais pour une biopsie et voilà que je sens une lame me racler de l’intérieur. Je pisse le sang, je suis en larmes et sa responsable viendra s’excuser pour elle après coup. 

 

On nous a appris et je ne sais pourquoi à minimiser la douleur des femmes et les douleurs gynécologiques et je touche un point important avec ce sujet. Je ne souffre pas d’endométriose, mais je sais que bon nombre de femmes taisent leur souffrance. L’excision était banalisée alors que c’est d’une douleur sans précédent…la pire qu’on puisse infliger à une femme probablement, de la barbarie pure…pourtant on taisait jusque récemment la souffrance de la femme excisée. L’avortement et les conséquences sur la confiance en soi, où le fait qu’il faille le cacher, le garder secret, comme la fausse couche et le fait de ne pas dire qu’on a « perdu » le bébé. 

 

 

  

 

La souffrance de la femme dérange…?

 

La souffrance de la femme la rend coupable mais de quoi ?

 

La vulnérabilité de la femme remet-elle en cause sa force ?

 

Est-ce ancré dans nos cellules que le sacrifice en silence nous rend plus digne et aimable ? 

 

Ce sentiment d’être née femme, donc née avec une habileté à supporter.

 

 

 

Le pré-cancer du col ne fait pas mal, je n’ai pas eu de symptômes, mais pourquoi s’est - il développé ? Certes il s’agissait d’une forme sévère, chose que j’ai apprise très tardivement, tout comme son aggravation et le temps qu’on a mis à m’opérer…entre le gynéco de l’époque qui me disait de faire le laser (chez un de ses confrères gynéco) et à l’hôpital où je faisais les colposcopies; on me parlait de conisation …faudrait vous mettre d’accord non ?

 

Comment je décide moi ? Je ne vois pas mon col, je suis pas médecin…je n’avais pas confiance alors j’ai tout stoppé en Suisse et j’ai décidé que je verrais ça en France après mon départ.

 

Cette incapacité à me renseigner concrètement. (Je ne dis pas qu’en Suisse on fait faux et juste en France. Ce n’est pas une question de pays, c’est géographiquement où j’étais et comment je l’ai vécu.)

 

Biensûr, entre temps, j’ai pratiqué médecine chinoise, la visualisation, et le renforcement intense de mon système immunitaire. Pour autant après toutes ces années, une intervention « dans la matière » devient nécessaire dans certaines situations, comme la mienne. C'est aussi un sujet important à aborder...car dans le "milieu spirituel" il faut se guérir naturellement...c'est ce qu'on croit...et un peu au fond de moi, je me sentais coupable de ne pas guérir par la médecine douce, quelle pression, pourquoi je n'y arrive pas ? Qu'est-ce que je ne comprends pas ? C'est devenu une source de stress...Peut-être parce que pour moi il y a vraiment une nécessité d'enlever un bout de col dans la matière, c'est ce que j'ai ressenti en tous cas. Mais guérir peut devenir une pression et rajouter un sentiment d'échec, c'est en tous cas ce que j'ai expérimenté alors que c'est faux.

 

 

 

 

Je vous encourage à ne pas jouer avec le feu et ne pas attendre le dernier moment juste pour vouloir guérir de manière naturelle à tout prix et surtout pas au prix de la vie ou d'un cancer. La médecine allopathique et holistique peuvent tout à fait être complémentaires, elles ne sont pas en guerre, mais l'une soutien l'autre, c'est le choix que j'ai fait.

 

En ce 28 mai, il m’a été annoncé urgent de pratiquer une intervention car mon cas est en effet sévère et je suis vraiment au bord du cancer. Je le savais mais là ça devient vraiment urgent. On ne peut plus attendre, ça sera le 12 juin dès que mes règles sont terminées.

 

Comme je le revendiquais dans mon post précédent en anglais (voir traduction ci-dessous) cela touche au féminin sacré, à mon intimité profonde…quelles mémoires sont touchées, pourquoi psycho-émotionnellement ces cellules sont-elles devenus des lésions de hauts grades et pré-cancéreuses ? A ce propos, j’ai mon idée, mes doutes aussi. 

Pourquoi j’ai tant pleuré pendant plus de deux heures après le réveil ? Qu’est-ce que j’ai libéré, ou abîmé ? Je ne sais pas complètement et je n’ai pas ou ne cherche pas la réponse à tout.

 

Néanmoins ce n’est pas rien de se faire enlever un bout du col même si encore, je ne sais pas pourquoi, c’est souvent banalisé, vulgarisé, comme si la douleur des femmes ne comptait pas…qu’est-ce qu’on dirait si on enlevait 1 cm de gland aux hommes. (Je ne suis pas contre les hommes…j’en entends déjà certains/certaines)…c’est pour imager.

 

Je choisis cependant d’en parler et d’y apposer une pleine conscience à ma mesure.

 

Aujourd’hui, je vis à Paris, mes amis proches sont loins et certains ne se rendent même pas compte de ce que je vis. Vivre une telle opération, et se retrouver seule chez soi ce n’est pas simple, pourtant je le banalise encore une fois, je suis devenue tellement indépendante, que c’est normal pour moi de tout affronter toute seule avec le soutien de Joey et de quelques amis fiables et sincères, mais à distance. MERCI A VOUS.

 

Les conséquences post-opératoires sont la fatigue, les émotions décuplées par les médicaments, les pertes de sang, les vertiges et les chutes de tension ainsi qu’un sentiment de fragilité et de confusion. Quelque chose a changé en moi, pourtant j’étais endormie, anesthésiée, malgré tout  je ressens qu’il s’est passé une intervention dans mon corps mais c’est comme si je n’en étais pas totalement consciente car je ne l’ai pas senti.

 

Dans tout ce chaos, la vie m’a fait un cadeau immense récemment en rencontrant une nouvelle amie précieuse ici à Paris et qui a compris très exactement ma situation, puisqu’elle aussi connait cette solitude du voyage et les péripéties que cela engendre ( on dira ça comme ça ) , ce self-made feeling, en tous les cas tu te reconnaitras. Ta présence bienveillante à la sortie de l’hôpital a été une véritable bénédiction tout comme ton soutien ces derniers jours ici à Paris. 

 

Je ne dis pas qu’on doit se victimiser, s’apitoyer, mais parfois on normalise la difficulté en la transformant immédiatement en résilience, sans passer la case « conscience », comme si on devait soit être forte, soit être victime, l’état de conscience, d’être n’est que vaguement autorisé.

Cela devient-il alors du déni ? Là, une vaste question se pose. En tous cas l’expérience fait place, elle, à la lucidité d’un entourage, d’une empathie, de la présence et des êtres chers qui comptent vraiment de par leur justesse et bienveillance. 

 

Il faut du courage pour se confronter à la douleur de l’autre, il faut du courage pour vivre seule et voyager avec son chien, mais la vie nous demande parfois de suivre certains chemins inédits et si authentiques. 

 

Peut-être que mon parcours atypique sert à vous écrire ces mots, non pas pour vous parler de moi, mais peut-être qu’il vous aide à travers mon expérience de femme qui ressemble à tant d’autres. Parce qu’on a pas tous une grande famille qui vient s’occuper de nous en convalescence, ou un chéri qui promène le chien et nous cuisine de bons petits plats, nope.

 

 

On vit pour beaucoup de femmes, des expériences très solitaires, des expériences de la douleur de manière très individuelle et par ces quelques mots je voudrais que nos souffrances deviennent solidaires. 

 

 

Merci aux personnes empathiques, bienveillantes, à celles qui comprennent, et soutiennent, à celles qui appellent et questionnent, qui écoutent, à ma meilleure amie qui est sage femme et me rassure quand je doute, quand je doute, qui est ma famille , une lumière dans ma vie.

 

Merci à ceux qui ne jugent pas et comprennent que chaque personne vit son féminin à sa façon, que personne n’est à notre place.

 

 

 

 

Mon post original en anglais : 

 

"Today a part of my uterus was cut" 

We are so strong girlz!!! Omg we are!!! Sacred women, divine feminine having in our uterus the essence of the universe, the creation itself and the power of love.

 

Today I had a uterus cervical surgery under general anesthesic because ( Omg I can say it at the past tense) I was having a serious pre cancer due to hpv papillomavirus since many years now. It became worse recently so it was urgent to cut a part of it (connisation) to avoid a near cancer.

 

After the surgery, I felt fine but then I cried so much... for 2 hours, maybe the anesthesic, maybe also because the most intimate, emotional and sensitive part of my human being was cut.

 

There is no support for that, you go back home, you heal and in two weeks or a month you ll be fine, but what about the emotions of touching and cutting my sacred uterus? Why don't we talk about that? Why do we do as if it has no impact, as if it is a current surgery ?

 

Thats why I talk today for many women, we have to consider our uterus and all the emotions and memories we have in it. We do, we medidate, but we need more. 

And those surgeries are not easy at all.

 

I didn't took it seriously enough before, avoiding the sacred part in the surgery but now I take it more consciously as I feel how much it was a grief and an injury. I wanted to be strong and didn't allow myself to feel vulnerable, but body can't lie.

 

Now I am healthy, but I will take care of me emotionally for what happened too.

 

I ll tell you in stories the evolution if I feel it.

I encourage every woman to go once a year to the gynecologist, this virus is silent, this cancer is silent... check every year... this saved me ❤️ We are women, we have to support each other and men can also support women.

We are all one.

 

Traduction en français disponible sur le post instagram : @withjentoday

 

 

 

 

 

J'espère que ces quelques mots vous auront fait du bien, biensûr ils n'engagent que ma vision, mon point de vue en fonction de mon vécu, rien n'est figé ou absolu, il existe tant d'angles et de façon de voir la vie et ses facettes multiples que chacun est libre d'y avoir son ressenti et ce sont nos expériences variées et l'apprentissage qu'on en retire qui créent la richesse, la diversité et la beauté de notre univers.

 

Avec Amour

 

Jen 

 

 

 

Pour toutes les femmes qui souffrent d'endométriose je vous encourage à suivre Peggy Favez sur Instagram @end0uceur et qui vient d'ailleurs de publier son premier livre. Elle propose aussi pour nous toutes un programme en ligne pour nous accompagner dans notre féminin sacré et notre cycle. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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